Enseignement sur la prière (Carême 2012)
Intervention du Père François Corrignan à Kerplouz (extraits)

La prière est une réalité qui peut être considérée sous différents angles. Les livres, les revues, les articles sur la prière ne manquent pas […]

Quelques remarques préliminaires :

  1. La prière n’est pas uniquement le fait des chrétiens, nous le savons. Mais la prière est toujours un acte religieux. […] La dimension religieuse fait partie de l’être humain. C’est pourquoi elle ne peut être niée ou empêchée de se manifester, par des gouvernements ou des régimes politiques. Et c’est la raison pour laquelle l’Eglise défend le droit à la liberté religieuse, non seulement pour elle-même, mais pour toute personne humaine.
  2. La prière chrétienne nous met aussi en relation de créature avec notre Créateur, car nous sommes de la même pâte que les autres humains. En même temps, elle exprime notre relation de filles – fils à Dieu-Père Grâce au Christ-Jésus et par lui qui partage avec nous son Esprit. […]

 

C’est pourquoi, au lieu de vous faire une conférence sur la prière, j’ai choisi de suivre Jésus dans sa prière, en commençant par lui demander, comme les disciples impressionnés par son attitude dans la prière : « Seigneur, apprends-nous à prier ! » (Luc I1,1) […]

 

Nous sommes donc invités à lire et méditer l’Evangile. Car le Christ est la seule « porte » pour aller vers le Père (« personne ne va vers le Père sans passer par moi, » Jn 14,6) et c’est de lui, évidemment, que nous apprenons à être chrétiens (« Mettez-vous à mon école, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, » Mt 11,29) […]

La prière chrétienne, en particulier sous la forme de la méditation, nous conduit au cœur du mystère de l’Incarnation qui est le cœur de notre foi chrétienne : nous voyons bien dans son « miroir » Jésus Christ (« qui me voit, voit le Père, Jn 14,9) […]

Nous sommes nous-mêmes transformés peu à peu par la prière; au point de, devenir « miroirs » à notre tour. La prière chrétienne n’est jamais une évasion du monde, Elle conduit à vivre une nouvelle présence au monde : être, ici, maintenant, un miroir, un reflet de Dieu à la manière du Christ et avec lui, […]

Alors, ouvrons ensemble notre Évangile et regardons Jésus.

Jésus prie.

Jésus prie son Père, dans l’Esprit Saint. Il prie seul. Il prie avec ses disciples ou quelques-uns de ses apôtres. Il prie avec la foule, devant elle. Il prie au moment des repas et au gré des rencontres et des événements. Il choisit des temps et des lieux de prière. Il prie avec des mots, et il prie en silence. Il prie pour lui-même et il prie pour ses disciples, pour ses ennemis, pour tous les hommes. Il prie au nom de  tous. Sa prière est joyeuse ou douloureuse, courte ou prolongée, spontanée ou méditée, suivant les cas.

A travers ces formes et ces manifestations variées, nous pouvons deviner ce qui fait l’essentiel de la prière de Jésus : c’est ce que lui-même nous en dit en nous laissant le « Notre Père », une prière toute filiale, pleine d’amour et de confiance. […]

Faire la volonté du Père.

C’est sa « nourriture » quotidienne (Jn 4,34), depuis le moment de sa conception jusqu’à son dernier souffle sur la croix. […]

Découvrir la volonté du Père, l’accueillir, y adhérer, s’offrir pour la faire, avec amour : c’est bien le fond de la prière de Jésus, puisque c’est toute sa vie, et que sa vie et sa prière ne peuvent pas être dissociées. Il le répète assez souvent pour que nous en soyons persuadés.  […]

Un saint prêtre a écrit : « Notre Seigneur avait un règlement. Qui ne le connaît ? Ce règlement se composait d’un article unique : « Je fais toujours ce qui lui plaît. » (Jn 8,29) »

A la suite de Jésus, beaucoup de chrétiens ont choisi de vivre cet article unique, et ils ont expérimenté la vérité de ce que dit le Psaume 144 (145) : « Le Seigneur est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité. Il répond au désir de ceux qui le craignent; il écoute leur cri. »

Thérèse de Lisieux disait que Dieu faisait à peu près ce qu’elle voulait, parce qu’elle faisait ce qu’Il voulait.

Et le curé d’Ars disait aussi : « Le bon Dieu m’accorde bien à peu près ce que je lui demande, sauf quand je prie pour moi. […]

Le chemin est donc tracé pour nous : ajuster notre volonté à la volonté de Dieu – ce qui suppose, bien sûr, de la chercher et de la découvrir : ne pas attendre le dernier jour, car nous ne savons pas quand ni comment il viendra, mais dès maintenant, chaque soir, dire : « Père, en tes mains je remets mon esprit, » afin de pouvoir dire dans la confiance et dans la paix malgré nos limites et nos faiblesses : « Tout est accompli. » Car « Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît bien toutes choses […]

Le Baptême de Jésus

« Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Lc 3,21-22) […]

Dans notre prière, nous reconnaissons dans la foi Jésus comme Fils de Dieu, et nous accueillons la révélation de Dieu Amour, Dieu Trinité.

Nous accueillons en même temps notre être de fils – fille de Dieu, nous reconnaissons notre dignité de baptisés. […]

Ce qui est vrai de chacune et chacun de nous personnellement, est vrai de l’Église. « L’Église est cette part de l’humanité qui reconnaît la grâce de Dieu … La prière n’est pas pour elle un moyen; elle est le lieu et le temps où elle se reconnaît Église du Christ. » L’Église ne peut être qu’une Église qui prie. »

La prière solitaire de Jésus

Matin […] Jésus n’hésite pas à se lever tôt, avant les autres, pour prier.

Sa prière solitaire et sa mission publique ne font qu’un … « Partons ailleurs ! » Sa mission d’enseignement et de guérison est enracinée dans sa prière, où il rejoint son père qui « veut que tous les hommes soient sauvés. »

Qu’en est-il de nous ? Suivant notre âge, notre santé, notre travail, savons-nous prendre du temps simplement pour prier ?

Notre mission de baptisés, de diacres, de prêtres, de religieuses/religieux, nous ne pouvons pas la vivre sans prendre du temps gratuit pour Celui qui nous envoie. Pour partager avec d’autres la Bonne Nouvelle, il nous faut d’abord la recevoir en nous, par la prière.

De même, la prière nous libère intérieurement et nous donne la force de chasser les « esprits mauvais. » Cf. en Mc 9,29 (l’épileptique) : « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière. »

Dans la journée […]

Nous avons là des indications précieuses que l’on retrouve constamment dans l’histoire et l’enseignement de l’Église, et dans ce que proposent les maîtres spirituels.

Le matin et le soir sont des moments favorables pour prier :

  • Le matin, il s’agit surtout de remercier d’être encore en vie et de se préparer à vivre la journée qui commence, en l’offrant au Seigneur pour qu’elle lui soit agréable.
  • Le soir, il s’agit de revoir la journée, pour remercier, demander pardon et recommander la nuit à Dieu qui veille sur nous.

« Cet exercice ne doit jamais être oublié, non plus que celui du matin, car par celui du matin vous ouvrez les fenêtres de votre âme au soleil de justice, et par celui du soir, vous les fermez aux ténèbres de l’enfer. » (SFS. Vie Dévote. 2,11)

Nous trouvons une même invitation chez Gandhi, un Hindou : « La prière est la clé du matin et le verrou du soir ».

Quant à la prière au cours de la journée, elle est possible partout et à tout moment. Même au milieu d’une foule, ou dans nos déplacements et nos occupations, nous pouvons nous « retirer » intérieurement, sans que cela gène ce que nous faisons. Nous pouvons faire de rapides « clins d’œil » au Seigneur et reprendre conscience de sa présence auprès de nous et en nous.

Avant le choix des apôtres […]

C’est une étape importante dans la vie de Jésus et pour l’avenir de l’Église et le salut du monde. Il la prend au sérieux (une nuit entière de prière !) et nous dit, par le fait même, comment nous comporter dans les grands moments de notre vie, lorsque nous avons à prendre des décisions importantes pour nous-mêmes ou pour d’autres; et aussi lors d’événements importants de la vie de l’Église universelle ou de notre Église locale, ou de la vie du monde. […]

A la transfiguration […]

Cette scène nous dit que la prière a un pouvoir transformant. Si nous y allons sans conditions, pour écouter, nous laisser éclairer, juger, stimuler, nous ne pourrons pas en sortir les mêmes qu’en y entrant.

Prier, c’est nous « exposer » à Dieu, tête et cœur.

Quand nous prions, nous mettons notre intelligence dans la lumière de Dieu; nous pouvons ainsi le connaître et nous connaître en lui, en le laissant nous débarrasser de nos ignorances et de nos préjugés. Sans la prière, pourrions-nous comprendre les paroles de Jésus dans l’Évangile et déchiffrer notre histoire personnelle et les situations dans lesquelles nous sommes ?

Quand nous prions, nous mettons notre cœur dans la chaleur de l’amour de Dieu, nous exposons notre volonté à cet amour. Nous pouvons ainsi connaître et reconnaître que Dieu nous aime comme son Fils bien-aimé. Nous accueillons ses appels, même si, comme les trois apôtres, nous ne savons pas encore où ils nous mèneront. […]

Pour provoquer la Foi des apôtres

La prière est une expression de notre foi : nous prions parce que nous croyons en Dieu vivant que nous pouvons rencontrer. Et, en même temps, la prière provoque, stimule, et fait grandir notre foi.

Pour aider la Foi, pour l’éduquer au gré des circonstances […]

Jésus prie devant les gens qui l’entourent, il prie au milieu d’eux et pour eux; en pleine vie, dans la foule. Il partage sa joie intérieure, qui est un don de l’Esprit Saint.

Nous prions aussi avec d’autres, en particulier à la messe ou lors de célébrations, de réunions ou de rassemblements. Certains prient avec nous. D’autres nous regardent. Puisse notre prière aider d’autres à prier, à retrouver le chemin de la foi, à se joindre à nous.

Jésus et la prière « officielle »

C’est souvent que l’Évangile nous montre Jésus au Temple de Jérusalem ou dans les synagogues, lieux de culte des juifs. […]

Comme tout bon juif, Jésus a fréquenté le Temple avec ses parents. […]

Il fait parfois la lecture dans la synagogue […]

Ces témoignages nous invitent à vivre la dimension collective, communautaire, de notre foi et de notre prière : en participant au rassemblement du dimanche et à d’autres rassemblements et pèlerinages, en participant à des groupes de prière, de partage, d’étude biblique, MCR, etc…

Ils sont un appel, en particulier, à participer à la prière liturgique.

 

Le Concile Vatican II a approuvé une Constitution sur la Sainte Liturgie (Sacresanctum conciligue), le première des 4 constitutions, le 4 décembre 1963. Elle rappelle que la liturgie est la prière du Christ et de l’Église, de la Tête et du Corps. C’est pourquoi elle dépasse toute prière personnelle : « Toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré. » (Presbyterorum ordinis, n° 7)

 

Parmi les baptisés, beaucoup n’ont pas découvert la nécessité et la beauté de la prière liturgique. Assez souvent, ils prient, mais seulement individuellement, ils n’ont pas conscience d’appartenir à un corps.

D’autres, même parmi les « pratiquants » ont du mal à entrer dans la prière liturgique, parce qu’elle est « cadrée » et qu’elle est en partie « répétitive », même si les lectures et les psaumes sont étalés sur 3 années A, B et C.

On peut entendre les réticences et les questions, tout en essayant de faire comprendre ce qu’est la prière liturgique :

 

  • Elle est la prière du Christ Tête et de son corps, l’Église,
  • Elle nous offre un lieu de communion avec des frères et sœurs du monde entier : elle élargie notre cœur aux dimensions du Cœur de Dieu et de toute l’humanité,
  • Programmée, elle nous évite de rechercher chaque dimanche ou chaque jour les textes qui alimentent notre prière,
  • Elle nous évite de nous replier sur nous-mêmes, en nous ouvrant à plus grand que nous,
  • Elle est le lien où les baptisés peuvent spécialement avoir conscience de leur vocation de « prêtres ». […]

 

Nous avons là un rapport précieux du lien entre la prière et la vie : les chrétiens offrent leur vie de tous les jours comme un culte rendu à Dieu qui devient un témoignage pour les autres. Ils puisent, dans les célébrations liturgiques, la nourriture pour leur foi et une connaissance toujours plus approfondie de Jésus Christ qui leur permet de rendre compte de ce qu’ils croient et espèrent.

 

Par ailleurs, la liturgie eucharistique en particulier (la messe) nous offre toutes les formes de prière que nous pouvons déployer dans notre prière personnelle. On y trouve, en effet :

 

  • La prise de conscience de la présence du Christ,
  • L’écoute de Dieu à travers sa Parole,
  • La conversion du cœur et la demande de pardon,
  • La reconnaissance des dons de Dieu (faire mémoire),
  • La remise de soi-même ou l’offrande/sacrifice à Dieu,
  • L’action de grâce; « il est juste et bon » de dire merci « toujours et en tout lieu »,
  • La communion et la charité : toutes les prières sont faites au nom de tous (« nous ») : même quand je prie seul, je suis toujours relié à tous les autres « priants » et à l’humanité,
  • Le silence : nous taire, simplement être là; regarder, contempler, recevoir,
  • L’envoi en mission : la prière nous pousse et soutient notre mission, et la vie de ce monde nourrit notre prière.

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