JEUDI-SAINT.

Nous commençons les célébrations de ces trois jours importants de notre année liturgique par la célébration solennelle de l’Eucharistie. Ce soir nous célébrons cette Eucharistie du Jeudi-Saint dans un contexte mondial fort difficile : des pays sont encore en guerre, des hommes et des femmes vivent des situations de violences ou de vie précaire ….

C’est dans ce contexte que, ce soir, nous célébrons cette Eucharistie. Rappelons-nous aussi cette phrase du Pape Jean-Paul 2 : « L’Église naît de l’Eucharistie. »

Tout d’abord l’Eglise nous a montré cette libération du peuple hébreu, esclave depuis plus de 400 ans en Égypte et c’est par le sang d’un agneau que le peuple élu va retrouver sa liberté.

L’Eucharistie, chemin de liberté. Quand nous célébrons l’Eucharistie, le Christ nous entraîne, nous aussi, à cette démarche de libération. Nous risquons toujours de nous laisser enfermés, enfermés dans nos habitudes, enfermés dans nos manières de voir, enfermés dans les analyses que nous faisons des choses et des autres.

Chaque Eucharistie, par l’amour du Christ qui se donne à nous, peut nous libérer en profondeur, pour que nous soyons des hommes et des femmes libres qui puissent être, par leurs attitudes de liberté, des témoins dans ce monde qui tant d’idéologies, d’esclavages économiques, tant d’esclavages dans la liberté des mœurs.

Grâce à l’Eucharistie, devenons des témoins de la liberté parce que nourris par cette liberté extraordinaire du Christ qui est libre parce qu’il a donné jusqu’au bout. C’est la liberté de celui qui aime et qui va, jusqu’au bout, donner sa vie dans un acte merveilleux de liberté.

Se donner par liberté, de plus en plus, et se libérer de tout ce qui nous empêche de tout donner.

La deuxième lecture, qui est très belle, est ce fameux chapitre 11 de la 1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens. Les Corinthiens étaient une communauté tumultueuse qui avait défiguré l’Eucharistie. Cette Eucharistie devenait n’importe quoi et Saint Paul les rappelle à l’ordre. « Je vos transmets pourtant, malgré votre attitude, ce que j’ai reçu du Seigneur. » L’Eucharistie est don de Dieu et nous n’en sommes pas propriétaires qui que ce soit pape, évêque, prêtre ou laïc. Elle est reçue comme un don de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ et nous devons le recevoir avec un cœur généreux, un cœur qui reçoit ce signe, cette démarche du Christ avec beaucoup d’amour. Plus nous célébrons l’Eucharistie, plus nous sommes appauvris de nous-mêmes, me semble-t-il.

C’est le Christ qui est présent, ce n’est pas nous même, il nous faut laisser accomplir pour que petit à petit n’apparaisse que le Christ et non pas nous-mêmes. C’est le Christ qui est donné. C’est un cadeau que Jésus fait à son Eglise depuis 2000 ans et il le fait à son Eglise pour le monde. Il y aura toujours des Eucharisties célébrée dans le monde, il y aura toujours des prêtres pour célébrer l’Eucharistie car c’est le premier travail, si j’ose dire, du prêtre que de célébrer l’Eucharistie.

Mais y a-t-il dans nos communautés paroissiales ce climat propice pour lancer l’appel à la vocation de prêtres. En cette soirée du Jeudi-Saint, il est peut-être bon de dire que des communautés paroissiales qui n’encouragent plus ce don de soi-même d’hommes qui vont permette au Christ d’être présent, sont des communautés moribondes, reliées sur elles-mêmes et endormies.

Cherchons-nous à rendre présent le Christ dans notre monde d’aujourd’hui ?

« Je vous transmets ce que j’ai reçu » Cette phrase, elle nous est donnée. Est-ce que chacun, honnêtement peut dire : « Je vous transmets ce que j’ai reçu ? »

Enfin l’évangile nous donne ce passage extraordinaire du chapitre 13 de l’évangile de Jean. Jean, à l’opposé des synoptiques, ne nous donne pas de récit de l’institution de l’Eucharistie. Il y a le discours du Pain de Vie au chapitre 6 et puis il y a ce récit que nous venons d’entendre et Jean a voulu, par ce récit qu’il est seul à nous donner, nous montrer encore une autre dimension de l’Eucharistie. Le contexte est des plus conflictuels, la tension est très grande, on est monté à Jérusalem pour la troisième fois, déjà deux fois on a cherché à tuer Jésus et Judas vient de dévoiler son projet de trahison. Jésus, lui-même, est bouleversé d’être au cœur de ce conflit et c’est là que Jésus pose cet acte prophétique. Il interrompt le repas pour aller se mettre à genoux aux pieds de chacun de ses apôtres. Le fils du Dieu très haut qui vient se mettre à genoux et prendre la place du dernier des serviteurs en leur lavant les pieds, d’où la réaction de Pierre. Nous ne mesurons pas, bien sûr, dans le contexte culturel qui est le nôtre toute la dimension de cette démarche. Elle dépasse le bon sens, mais Jésus veut monter, par là, qu’il vient quêter l’amour de l’homme.

Nous avons les réserves de l’amour qui sont nourries par l’Eucharistie et rendez grâce au Seigneur, frères et sœurs, vous qui pouvez participer chaque dimanche à l’Eucharistie parce que vous vous nourrissez de ce trésor de grâce. Notre monde manque d’amour, notre monde n’a plus d’âme, notre monde devient de plus en plus matérialiste au point que l’homme est défiguré.

L’Eucharistie est au cœur de l’évangélisation, elle est au cœur de la construction de l’Eglise. Nous devons nous nourrir de cet amour pour faire grandir en nous notre amour dans le cœur de Dieu afin de pouvoir ensuite le révéler aux hommes de ce temps.

Frères et sœurs, vous voyez l’importance de cette célébration de ce soir, nous ne sommes pas venus pour faire un souvenir quelconque, nous sommes venus pour renouveler l’acte d’amour du Christ Sauveur et pour que, désormais, peut-être, l’Eucharistie tienne davantage de place.

C’est quand, nourris encore plus de ce don de l’Eucharistie, nous deviendrons alors des communautés ferventes, chaleureuses, brûlantes que les hommes et les femmes qui ont froid viendront se réchauffer.

Frères et sœurs, c’est ce que le Seigneur met dans mon cœur ce soir et, au nom de la responsabilité qui est la mienne, je viens dire : les temps sont venus où nous ne pouvons plus jouer avec les dons de Dieu il faut nous ouvrir tout entier, dans cette Pâques de l’an 2020, au don de Dieu pour le salut du monde.

Père Bernard PLISSON.

 

 

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